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POV paper

POV paper is a quarterly published by the swiss gender and sexuality festival La Fête du Slip. POV paper explores the themes of gender and sexuality as well, but with a focus on photography, illustration and writing. At the core of POV paper, we are developing an exploration of new esthetic approaches to porn. For each issue, POV paper brings together a photographer from the art world, and performer(s) from the alternative porn world. The paper features articles, interviews, short stories, poems, and reviews, all exclusive and yet unpublished work, with contributors from around the world.

Team

CHIEF EDITORS
Stéphane & Viviane Morey (texts)
David Berguglia & Emmanuel Crivelli (visuals)

EDITORIAL BOARD
Stéphane & Viviane Morey, David Berguglia, Emmanuel Crivelli, Elorri Harriet, Mathias Clivaz

TRANSLATIONS
Mathias Clivaz, Sarah-Jane Moloney, Viviane Morey, Stéphane Morey

COORDINATION & DISTRIBUTION
Elorri Harriet

MARKETING & COMMUNICATION
Gérald Monier

POVCAST
Julien Grimm

WEBDESIGN
Thibault Brevet

 

POV is distributed by Antenne Books
Printed in Germany

Shops

ZURICH

Sang Bleu Zürich

LAUSANNE

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Librairie Basta! Chauderon & Dorigny

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Aalugägä Books (itinerant)

FRIBOURG

Fri-art, Centre d’art de Fribourg

GENEVA

Fahrenheit 451

OSAKA

The Niceshop Su

Note from the translators

Apart from the title and the intention, what you will read in this text has little to do with the analogous text in French. Why? Because most of it is pretty much untrans­latable. For those of you who are monolingual, this may come as quite a shock, but as I often say to my students “English is not translated French, it is a whole different language.” So how does this affect us? I mean after all this is not a linguistics journal, and translation problems are not the biggest turn on! Languages each have their own distinct way of handling gender; and translators, whose minds travel back and forth from one language to another, have to figure out ways to deal with these differences. In English, for example, “they” is a neutral pronoun, it indicates neither gender. In French however, we have to choose between the very masculine and all-encompassing “ils” and the very specifically feminine “elles.” Not a very comfortable situation. Every noun and every adjective is either feminine or masculine. Every single one. And that means that every time we translate something from English to French we are gendering not only people, but the world around us, animals, objects, concepts and feelings. I bet you care about translation just a little bit more now huh? The fact that everything has a gender label in French as opposed to English means that French-speakers are bound to have a gendered experience of the world that is very different from anyone who speaks a different language. For instance, did you know that German has three grammatical genders? That gender-bender Spanish writers place an “x” in endings to express gender flexibility and openness? Every time there is a difference between the way two languages express something, we translators are forced to make decisions. And in turn, in virtue of the performativity of language, these decisions will affect the way gender is either maintained or destabilised. There is no easy solution. Trust us, we’ve been thinking about it for a while, and others have before us. We had rather not give in to a lazy “one-size-fits-all” strategy, but have chosen to react to every text to find the solution that fits best. This is also an ideological stance, we do not wish to replace one rigid system with another, believing instead that the best resistance to phallogocentrism and social inertia is rigorous inconsistency.

Ou des traducteur-trice-s ? Ou alors, pourquoi ne pas inventer un neutre, les traductreuces ? Mais la langue française est si allergique aux néologismes… La faute sans doute à cette Académie française qui fixe les usages et maintient la langue dans l’orbite d’une norme politiquement correcte ; mais aussi à des oreilles et à des langues qui ne perçoivent pas les enjeux de cette grammaire, dans la vie de tous les jours. Or si elles ne les perçoivent pas, n’est-ce pas parce qu’elle ne les dérange pas, cette grammaire, dans leur identité, qu’elles sont, ces oreilles et ces langues, d’un côté non problématique de la barrière ? À vrai dire, nous voyons des problèmes partout. D’où cette note. L’anglais et le français ont leur manière spécifique d’exprimer le genre : fortement marqué en français, dans les noms et les accords, très peu en anglais comparativement. Dès lors, comment rendre justice à la teneur particulière de genre ou de dé-genre-ment d’un texte lorsqu’on le traduit ? Comment traduire en dérangeant sans trop compliquer, c’est-à-dire sans entraver la lecture, tout en donnant à voir ce que le genre a d’artificiel ? En anglais, le pronom pluriel they n’exprime aucun genre — ce qui lui vaut d’ailleurs d’être utilisé par celles et ceux qui veulent se soustraire au genre —, mais lorsque l’on passe au français, on est forcé de choisir entre le ils trop masculiniste et le elles qui pointe « les femmes » du doigt. Comment faire ? La première solution, celle de l’escamotage, consiste à parler non pas de traducteurs et de traductrices, mais de personnes qui traduisent, nom féminin où le genre et le sens sont suffisamment distincts l’un de l’autre pour que se trouvent diminuées les occasions de collisions identitaires. La seconde solution, celle de la juxtaposition, est celle du elles/ils ou ils/elles, mais ce sont là des formules lourdes d’égalité bureaucratique et qui ne sont pas forcément adaptées à tous les textes ni à toutes les circonstances. Ces questions se poseraient donc davantage dans une traduction de l’anglais vers le français. Reste que dans une traduction en anglais d’un texte français, le lecteur passera à côté de toute une série d’informations qui sont, pour le francophone, constitutives de la langue qu’il parle, et de la représentation du monde où cette langue opère. Pour ce qui est du français, on pourrait ainsi appeler au divorce entre genre grammatical et genre identitaire — c’est-à-dire à ce qu’on cesse de croire que parce qu’un mot est féminin (« la » lune, voiture, guerre, idée, etc.) ce que désigne ce mot a quelque chose à voir avec du féminin, au sens des valeurs sociales qui seraient attribuées aux femmes, et idem pour le masculin —, mais ce divorce laisserait dans l’ombre la manière dont nous sommes influencés par la grammaire dans la formation de nos identités, et par les instrumentalisations qui sont faites de la grammaire à des fins identitaires. Un autre aspect du même questionnement concerne les interjections et les formules idiomatiques. Comment traduire en français un « fucking » emphatique ou jubilatoire ? Par « putain » ? Peut-on partir du principe que le mot « putain » est passé dans l’usage commun, et qu’en tant qu’interjection il ne se réfère plus que très lointainement à son sens premier ? Ou bien doit-on se détourner d’une expression qui inscrit ceux qu’on appelle aujourd’hui les travailleurs et les travailleuses du sexe dans une dimension historique lourdement connotée ? Partout, nous cherchons donc, dans la mesure de nos moyens, à éviter les généralisations paresseuses. Le cas par cas vaut ici comme stratégie de résistance face au phallogocentrisme et à l’inertie sociale. Puisqu’au final, la traduction a son lieu premier dans la relation d’une langue à elle-même, là où nous cherchons, avec des mots, à exprimer des intentions.

Mathias Clivaz, Sarah-Jane Moloney & Viviane Morey